Un livre-fleur!

L’an dernier, j’ai rencontré Isabella Serey, fondatrice de Crehative Design. Elle avançait alors sur son projet de livre-fleur, qu’elle avait en tête depuis des années et qu’elle avait relancé depuis quelques temps.
Avec son livre-objet, elle avait besoin de prototypes de boite-cube, qui s’ouvrait à plat (j’en avais parlé ici même). Après livraison de ses boites, nous sommes restées en contact : la construction de la boite, ses recherches de techniques, de matériaux et de fournisseurs, autant de sujets à explorer, à imaginer, à chercher des idées lumineuses.

Après un an de travail, une campagne de socio-financement et beaucoup de travail de sa part, le projet d’Isabella a abouti et elle a eu besoin d’aide pour procéder au montage de 150 livres, en une dizaine de jours.
Je l’ai donc aidé à monter 30 livres-fleurs et 120 livres-objets d’ Exercices de style, le texte ludique de Raymond Queneau et on s’est bien amusées.


Travailler avec Isabella a été un vrai bonheur, sa créativité est sans borne et accompagner les artistes et les directeurs/trices artistiques dans l’exploration, la conceptualisation, la planification ou la fabrication de leurs projets, j’adore ça. Je vous encourage à aller admirer son travail, et je vous laisse en compagnie de ses très belles photos !

Livre d’invités personnalisé

Une commande spéciale avec du papier décoré

Un livre de signatures entièrement personnalisé pour un anniversaire

Une cliente cherchait un livre d’or pour un anniversaire, mais elle voulait un livre sur lequel elle pourrait faire figurer un message personnalisé, dans un style frais et fleuri. En reliure, on travaille la plupart du temps avec des toiles de reliure, et au Québec, le choix est limité : les fournisseurs ne vendent la plupart des toiles qu’en grande quantité, et elles sont plutôt destinées à l’industrie, habituellement assez sobres dans des tons neutres.

Je me suis donc mise à la recherche d’un papier coloré, fleuri, dans les tons de rose, corail, qui évoque le printemps avec une touche de modernité. Ma cliente a eu un coup de coeur pour cet imprimé. J’avais déjà fait des tests et je savais qu’il se collerait bien. On s’est donc lancé. C’est toujours important d’effectuer des tests, pour ne pas avoir de mauvaises surprises, mais j’adore trouver de nouveaux matériaux, détourner des papiers destinés à d’autres utilisations… Et donc j’aime quand mes clients arrivent avec des idées parfois originales mais qui me poussent à de nouvelles recherches.

La technique Crisscross sur onglets

La technique de la reliure Crisscross, super décorative avec son fil de lin croisé…

Avec une reliure en papier, je suis plus réticente à réaliser des reliures classiques emboitées, avec des mors ou des gorges. En effet, le papier est quand-même plus fragile. Ma cliente avait repéré sur mon compte Instagram des photos de la reliure Crisscross que je propose en atelier (le prochain se tient samedi 25 mai, dans 3 semaines, et il ne reste que 2 places, saisissez votre chance!), dont elle aimait l’esthétique. Ça tombait bien : non seulement cette reliure se prête parfaitement à un revêtement en papier, puisque ce sont les fils de lin qui servent de charnières, et en plus, c’est le livre d’or idéal : sans colle sur le dos, il est cousu, super solide et s’ouvre parfaitement à plat.

Comme le but était d’avoir des pages de signatures et quelques pages permettant de coller des enveloppes, des petits mots, j’ai proposé un livre mixte avec une partie en cahiers et une deuxième en montage sur onglets.
Un fil de lin coloré vert lime pétillant en plus, et nous voilà parties pour un beau livre d’or!

Une ouverture à plat parfaite pour écrire, et un montage sur onglets afin de
créer de l’espace libre pour coller tout ce qu’on veut!

Le marquage à chaud sur papier

Un titrage parfait sur papier, à l’or chaud, police Helvetica light, en trois corps différents!

Avec un papier si chargé en motif sur la couvrure, il n’était évidemment pas trop possible d’y ajouter un marquage à chaud (communément appelé hot-stamping). Là encore, ma cliente a eu une super idée : et pourquoi pas sur les pages intérieures ? C’est assez peu fréquent, en reliure, de titrer à la dorure sur les pages intérieures, mais effectivement, le papier se marque hyper bien. Et quand on ouvre la reliure, quelle belle surprise!

Derniers détails…

Ma cliente avait envie d’y ajouter un ruban, en décoration sur le plat avant. J’ai donc été cherché un beau ruban en organza, de couleur rose orangé rappelant le papier fleuri, tout en transparence. J’avais pris soin de laisser, entre les points de la Crisscross, suffisamment d’espace pour glisser le délicat ruban.

Je l’ai déjà mentionné mais je ne laisse jamais partir mes reliures sans une petite chemise de protection. La poussière, les doigts, la manipulation, la lumière… La technicienne en muséologie en moi sait à quel point ces petits détails peuvent être dommageables à la longue. J’ai donc plié une chemise de carte Linen rose, avec un petit détail supplémentaire: grâce à un système de pli, la chemise pourrait s’épaissir en même temps que le livre, qui va grossir au fur et à mesure de enveloppes et petits mots collés sur les pages.

Le livre d’or dans sa chemise de protection évolutive.

ARA France : Hommage aux écrivains de la Grande Guerre

Participer à une expo, pour quoi faire ?

J’en ai déjà parlé, participer aux expositions est une forme d’exercice que je m’impose de temps en temps. Il est assez rare d’avoir des demandes de clients pour des reliures d’art, sur des beaux livres illustrés, et avec la possibilité de laisser libre cours à son imagination. C’est pourtant l’occasion de pousser ses limites, de se forcer à élaborer une démarche artistique plus dense, de s’entrainer sur des techniques plus rarement utilisées lors du travail d’atelier. C’était un des premiers conseils que m’a donnés Odette Drapeau, ma mentor et je le trouve aujourd’hui encore très approprié. Cela permet aussi de ne pas se perdre en tant qu’artiste. Et je reprends le flambeau et donne le même conseil à mes élèves, intéressées par l’exploration et les défis.

ARA- France et l’expo thématique…

ARA est un réseau associatif, les Amis de la Reliure d’art, qui possède des antennes dans plusieurs pays : ARA-Canada (dont je suis membre), ARA-France, ARA Belgica, ARA Suisse, etc…
ARA-Canada édite souvent ses propres livres d’artiste pour les expositions : j’adore ! Que ce soit La Couleur du vent, de Gilles Vigneault, illustré par Nastassja Imiolek ou Chemins de traverse, par Ghislaine et Luc Bureau, ils sont toujours uniques, avec des gravures sensibles, un travail typographique recherché, du papier magnifique, en tirage super limité.
ARA-France organise plutôt des expositions thématiques, avec un livre choix d’ouvrage. Pour l’expo de 2018, il s’agissait de rendre hommage, en ce centenaire de l’armistice, aux écrivains de la Grande Guerre.
J’ai choisi un livre de Joseph Delteil, Les Poilus. J’ai découvert Delteil, écrivain, lorsqu’étudiante, je travaillais dans une librairie de livres anciens, spécialisée dans l’oeuvre des Surréalistes. L’édition que j’ai choisie était agrémentée de gravures de Jean Oberlé, illustrateur et résistant oeuvrant à Radio Londres. (Radio-Paris ment, Radis-Paris ment, Radio-Paris est allemand, c’est de lui, figurez-vous !)

Les Poilus. Épopée.

J’ai, pour cette reliure, réalisé un plein cuir, de veau gris et de buffle noir. La ligne de contraste entre les deux couleurs évoque la ligne de front de toutes les batailles de la Grande Guerre et l’antagonisme des belligérants. J’ai décoré au fer et au pigment argenté les cuirs d’une multitude de petits points aléatoires, qui représentent les nombreux soldats, vu d’en haut. Parmi ces points d’argent, se détachent quelques points bleus et rouges, représentant les bleuets de France et les coquelicots anglo-saxons, les deux fleurs du Souvenir, qui poussaient malgré tout sur la terre de des champs de bataille. Les tranchefiles de soie, brodées à la main, rouges ornées d’une touche de marine, reprennent cette symbolique.
Ce n’est pas ma reliure la plus aboutie, j’étais débordée par le travail à l’atelier à ce moment-là, mais j’étais fière d’avoir été capable d’envoyer quand-même quelque chose : les expos d’ARA-France sont toujours tellement chouettes !

Et après ?

Après les expositions, on récupère en général nos reliures. Elles peuvent être vendues mais ça ne m’est jamais arrivé (je pense que c’est assez rare ?). Je les garde évidemment, dans le but de me constituer un corpus d’oeuvres. Il est possible aussi de les soumettre au programme d’acquisition de la BAnQ.
C’est ainsi que trois de mes oeuvres ont rejoint la collection patrimoniale : Soulages, réalisée pour la Biennale de la reliure d’art organisée par ARA-Belgica, La Couleur du vent, créée pour l’expo du même nom d’ARA-Canada et J’aime, de Julie Doucet, exécutée pour mon expo à HEC.
Pour la prochaine, j’envisageais de m’inscrire à l’expo OPEN. SET mais je vois que la dead-line pour l’inscription est le 1er Mai, et je n’ai encore pensé à rien… À suivre!